jeudi 12 novembre 2009

De la nécessité de porter une parole...

Aux grandes causes les grands moyens ?

Bon Hadopi, le piratage, la tartufferie de beaucoup, l'irritabilité de certains, voire tout simplement des ego froissés méritent-ils qu'on s'attache autant à ces quelques fragments atomiques de réactions puériles et sans véritable autre sens que celui de se dire "je n'en suis plus", et in fine de trouver tous les moyens pour le clamer haut et fort ?

Parce que Hadopi n'est qu'un écran de fumée comparé à tout le reste, parce que Jean S. n'est qu'une fumerolle comparé à Hadopi, on voudrait nous faire croire que ces batailles parlementaires là n'ont servies à rien ? Allons bon ! Alors toute idées débattue en public sert-elle vraiment quelque chose, ou sert-elle son interlocuteur ? Quelle est la différence entre un C.Paul, un F.Lalanne, un M.Pasquini ou un Attali ? L'aura médiatique ? Sa légitimité ? Son exemplarité ? Même son discours peut se prévaloir d'une tartufferie exponentielle...

Alors quoi ? Que voulons-nous au juste ? Pendant que d'autres préparent la suite, et c'est loin, très loin d'être fini, il faudrait que ces paroles là restent lettres mortes, qu'aucun témoignage ne reste ? Non, ces débats là, ces idées là peuvent encore en inspirer plus d'un. Qu'on ne soit pas en total accord avec cela, qu'on soit même critique envers certaines solutions évoquées (la contribution créative par exemple), même si son principal instigateur est décédé (que cela n'enlève en rien sa dignité, de ne pas avoir été en accord avec lui), ces énergies cognitives dépensées ça et là par des personnes dont on aurait même pas soupçonné de leur engagement en faveur de ces idées, de cette philosophie sont utiles.

Je reviens au titre de cet article.
Oui, quand on défend une idée, il faut la porter, parfois les actes importent peu, ce ne sont que les figures qui les portent qui retiennent l'attention. Et vous pensez sincèrement que faire vos trucs dans votre coin fera avancer les choses ? Ceci est une très bonne idée, un anarchiste dans son coin qu'on ne doit surtout pas emmerder avec la chose publique, et surtout qu'on ne l'y reprenne plus ! Il a assez donné, maintenant, il donne ses leçons du haut de sa gloire passée, passéiste ?
- "Assez ! Passez votre tour, tournez en rond, voilà, je vous ai embobiné, maintenant faites avec votre tournis, vous ne saurez plus dans quelle direction aller, ah si, j'oubliais, je vais soigneusement vous tourner un peu, il s'agit pour vous de ne pas vous tromper totalement, sinon vous n'auriez plus votre oreille adossée à cette sympathie que je vous inspire, nous avons tant partagé ensemble !"

Alors portons les paroles pas les fardeaux qui l'accompagne, on se fait plus facilement des ennemis parmi ses plus proches ou anciens collaborateurs qu'avec ses véritables ennemis, avec ces derniers, nous savons au moins à quoi s'attendre...

4 commentaires:

dana a dit…

tiens, ça me rappelle quelqu'un
salut aysik
tu ne crois pas qu'il y a des choses plus intéressantes que d'évoquer le cas d'un fouteur de merde aigri (et non pas "aigrain", ça c'est l'autre) ?
j'aurais vaiment préféré qu'on discute sérieusement des problèmes qu'efectivement je soulève. Mais non. On dirait que ça dépasse les capacités des acteurs du libre. Je vois vraiment pas ce que je peux faire de plus.
Sinon, je suis toujours intéressé de te lire, notamment sur ce blog (et il me semble même avoir fait référence à un de tes textes sur le mien de blog). Je n'ai malheureusement pas assez de temps pour développer des commentaires, et j'avoue que je n'ai plus la motivation pour des choses constructives.
Comme tu t'en doutes je suis plus que pessimiste sur l'avenir de la culture libre - en fait je suis résigné. Je ne crois pas du tout que les idéaux qu'on était encore quelques uns à défendre aient un autre destin que d'être historicisé, avec nostalgie. Et je constate avec aigreur que des années de travail dans ce domaine ne valent rien comparé à quelques bisnessmen du web 2.0. o quelques pseudo-philosophes arrivistes..
C'est vexant
et il en sera de même pour vous, j'en ai bien peur, quand bien même vous espérez encore pouvoir être entendus.
bien à toi

Aisyk a dit…

Je comprends que tu puisses être aigri, moi-même, lors des débats sur l'Hadopi, je cherchais une flamme pour m'y impliquer, et à part quelques soirées débats que j'ai pu faire pour expliquer la nouvelle loi, je n'ai pas plus milité que cela contre, comme d'autres ont pu le faire. Parce que effectivement, pour moi le résultat était couru à l'avance, que cette loi passerait, que beaucoup d'acteurs du libre essaieraient en vain d'en être, pas pour être vus, mais pour placer la culture libre dans ces débats. C'est pourquoi je ne suis pas aussi véhément que toi et d'autres à leur égard, peut-être aussi parce que j'en connais certains. Vos critiques sont acerbes et à mon sens sont justifiées par certains égarements mais elles sont à mon avis volontairement grossissantes. De l'action de départ qui consiste à en faire le plus gros possible pour faire réagir, on se retrouve à devenir soi-même une grossièreté qui n'est malheureusement plus prise au sérieux.
Certaines actions, formes de débats ont leurs limites.

Le titre de cet article, même s'il est volontairement acide envers toi et d'autres, pose aussi la question des porte-voix d'un débat et d'idées... et comment s'en satisfaire quand nous ne pouvons pas nous même le porter plus haut qu'on ne le pourrait. Représentativité ? Qui ? Pourquoi ? Sommes-nous prêts, ou d'accord avec cela ? C'est peut-être depuis le début, à cette question qu'on se doit de répondre.

dana a dit…

En fait, le reproche que je fais aux nouveaux lobbyistes du libre, est très simple. Ce n'est pas qu'ils soient des porte paroles. Il en faut, on est bien d'accord. Mais il y a deux manières de faire de la politique : ou bien on s'enquiert des faits et des désirs des gens dont on parle et dont on prétend faire le bien (c'est bien le cas non ? la clique anti-hadopi cause bien des artistes et de ce qui serait bien pour eux ?) et ensuite seulement on se propose de porter leur parole.
Ou bien on n'en a cure et on discourt à partir de fantasmes sans prendre la peine de savoir à quel point la réalité est complexe, les désirs et les expériences contradictoires et multiples.

tu vois bien que c'est un problème politique général : comment représenter la pluralité des désirs humains, d'un collectif sans le réduire à un fantasme (par paresse et par facilité) ou le simplifier parce que ce qui compte, c'est l'efficacité militante.

Le prix à payer pour cette simplification, cette absence d'écoute et cette paresse intellectuelle, c'est ce que paye le PS et la plupart des partis politiques, la désaffection et le mépris qu'on la plupart des gens pour le débat politique en France. C'est ce qui va se passer pour le libre : les gens de la comple anti-hadopi, de la sard, de la licence globale, et mlo, ils se sont totalement coupés de leur base. C'est non seulement dommage, mais ça pourrit complètement ce qu'aurait pu devenir le libre.

si tu veux en savoir plus sur ma manière d'utiliser l'expression porte-parole, tu peux lire Bruno Latour, POlitiques de la nature (il en fait un usage assez particulier)

Aisyk a dit…

Je ne crois pas qu'il faille faire une relation entre parti politique et association. Passer sur le terrain politique c'est marquer une appartenance que Musique Libre n'a jamais prétendu. Même si les oreilles les plus intéressées, les aides et les réponses les plus pertinentes viennent d'élus de gauche ou du centre, Musique Libre est avant tout une association. Pas de "base militante", des adhérents, pas de discours politique, des intentions et des objectifs. Et la question de la légitimité des acteurs prend à mon sens toute son importance, d'un côté, les militants se sentent floués car ils pensent être légitimes pour porter le discours, de l'autre, une association, constituée d'adhérents, qui n'estime légitime les critiques quand elles sont portées surtout par ses membres (car connaissant les projets, dossiers...).

Et, je dois t'avouer que les deux ont à peu près raison. Mais que les deux doivent aussi savoir mettre de l'eau dans leur vin de leurs représentations respectives du mouvement. Non ce ne sont pas que des militants, et oui, il faut des structures pour porter la parole. Et une structure, pour être pérenne, il lui faut des adhérents. Pour porter votre parole de militant, il me semble nécessaire pour vous d'adhérer, sinon vous serez condamnés à toujours regarder les choses de loin et, aigris de ne plus pouvoir y participer, vous critiquerez les projets et dossiers sans même avoir une connaissance fine de leurs finalités (voir débats sur le SOLO, par exemple).