samedi 15 décembre 2007

"On veut décourager les pirates"

Dans mon métier d'animateur je suis souvent confronté à la transgression d'un enfant par rapport à une règle établie au départ par un adulte (ne pas courir dans les couloirs, ne pas crier...). L'adulte met en place ces règles pour que tout le monde puisse vivre ensemble dans un cadre précis (école, colonie de vacance...). L'enfant peut aussi de lui-même créer ses propres règles notamment quand il détourne les règles d'un jeu et se les approprie pour en trouver des variantes (loup, loup perché, loup chatouilleur, loup glacé...).

Dans plusieurs interview, Mr Olivennes ne semble pas savoir ce qu'est une loi. En même temps il existe plusieurs façons de la concevoir. Le site Wikipedia nous en donne quelques détails :

Logique traditionnelle française

Depuis la Révolution, et notamment depuis la théorie de la volonté générale exprimée par la loi de Rousseau, la conception classique française est de dire que la loi se doit de dire ce qui doit être. Il s'agit donc d'un idéal à atteindre, qui n'en est pas moins diminué du fait qu'on puisse l'appliquer ou non.

Logique libérale

Selon la logique libérale, la loi ne se doit que de reconnaître les faits.


Ainsi deux types de conceptions semblent se croiser. La loi comme expression de la volonté générale et qui aspire donc à un idéal à atteindre, et la loi comme reconnaissance des faits. Et dans les récents débats sur le piratage, on se rend compte que Mr Olivennes est dans la pure tradition française de la loi, son idéal à atteindre est de décourager les pirates (= se faire de l'argent et en faire profiter ses actionnaires). Le décalage de discours entre les partisans des échanges sur internet (dont fait partie le site Ratiatum) et les défenseurs d'une vision rigide des droits est ici important. Sur Ratiatum on verra allègrement des articles s'exprimant pour une légalisation des usages. La loi devient une reconnaissance des faits, elle ne poursuit pas de but idéal, sauf celui de laisser en paix les téléchargeurs, elle sortirait de son cadre général.
Et pour corser le tout, les ratiatumiens (comme on pourrai les appeler) crient haut et fort que la loi votée (la dadvsi) n'est que l'expression de la volonté d'une minorité (et ils ont raison), mais cet argument est totalement inaudible car il est l'exact inverse de ce qu'ils proposent. On est je pense dans un mauvais calcul de stratégie et de discours politique. Et le partage de connaissances, l'ouverture d'esprit, "la culture pour tous" (entre guillemets car c'est une citation d'André Malraux), pourquoi ces valeurs ont été balayées comme un revers de main par crainte maladive d'être "récupéré" par un mouvement politique ? Pourquoi cette frilosité à l'égard d'un engagement politique ? La prise de position, la volonté de construire un monde meilleur avec des valeurs de partage, de découvertes, pourquoi ces choses là font peur ?

J'ai l'impression que dans les débats sur la Dadvsi et maintenant sur les inapplicables futures lois/décrets Olivennes on a manqué de maturité, de stratégie politique, et qu'en face, ils se sont gavés de nous voir aussi amorphes, sans réactions, sans projets.

Dans cet article je prends comme exemple le site Ratiatum, évidemment ceci n'est qu'un exemple mais je pense qu'il est assez représentatif de ce que je veux démontrer. Les visites de Laurent Petitgirard (Président du CA de la Sacem), de Mano Solo sur les forums de ce site ont été mal accueillies, pas par manque d'arguments (beaucoup de trolls surtout), mais surtout parce que le discours étaient pas assez construit. Et d'ailleurs dans les critiques de P.Nègre sur la communauté des p2p, il crucifie volontiers le "je veux tout, tout de suite gratuit", car c'est le seul discours qu'il a entendu (et dont l'absurdité sert son argumentation).

Parfois me semble-t-il, il conviendrait de mieux faire confiance en nos politiques et en ceux qui les mettent en pratique plutôt que de crucifier une minorité mise au pilori représentant (c'est un comble pour un député) la majorité d'entre eux.


On va finir ce billet par quelque chose de constructif. Parce que bon, la Sacem et le bizbi avec les les p2pistes, nous créateurs sous licences ouvertes, on s'en fout un peu à la fin, on est pas forcément concernés. Par contre en tant que militant pour une gestion individuelle des droits d'auteurs la proposition du rapport Olivennes de créer un catalogue de 10000 titres surlesquels seront basées les investigations est intéressante. Bonne nouvelle ! Les jamendo ou autres sites de musique libre qui acceptent sans le dire (ou en éludant la question en la traitant qu'avec des bénévoles, donc textuellement, des gens gentils de bonne volonté) de la musique d'artistes Sacem pourront enfin faire les contrôles nécessaires ! Chouettes on sera un peu plus rassurés alors... On sera fliqués mais au moins on sera certains qu'en téléchargeant le dernier album d'ADC GdeGueule il ne sera pas à la Sacem.

Dites, vous ne croyez pas qu'il manque quelque chose là ?

1 commentaire:

Guillaume Champeau a dit…

Bonjour,

Entièrement d'accord sur l'absence de politisation. Sur Ratiatum, on ne peut pas décemment le faire parce que ça n'est pas le lieu pour le faire. J'y défends ce que je crois être une évidence - le fait que la lutte contre le piratage est perdue d'avance ; et un remède consensuel : taxer le piratage pour le légaliser au profit des ayants droit.

Sur la politisation, je fais le constat dans une tribune au Monde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-12-11-Accord-Olivennes