vendredi 15 juin 2007

De la visibilité...

Visibilité : dans le domaine des médias, la connaissance par le public d'une information, en particulier dans la publicité.
(source)

La visibilité serait donc un concept publicitaire qui a pour objectif de mettre en relation le public et une information. Dans le domaine de la musique, ce concept met en relation le public et l'artiste (son univers, sa musique...). Le but de la visibilité est donc de "faire connaître", c'est un but promotionnel.

Est-ce que tous les artistes qui déposent leurs musiques sur internet sont dans cet esprit de vouloir se "faire connaître" ? Je dirai que cela dépend des personnes, mais que dans une mesure plus importante, les artistes veulent plutôt se "faire reconnaître", d'abord en tant qu'artiste, puis, en tant que personne qui distille des émotions à son public, en tant que personne reconnue pour la qualité de son travail artistique, et non pour son image. On a là un paradoxe très contemporain. Se "faire connaître" n'est pas la même chose que se "faire reconnaître". Se "faire connaître" implique une massification du message, une omniprésence, une volonté d'utiliser coûte que coûte tous les outils disponibles pour atteindre son objectif, mettre en relation le public et l'information. Se "faire reconnaître" implique une notion de travail, de qualité, de reconnaissance par le mérite dans la relation entre l'artiste et son public. Parfois se "faire connaître" permet d'atteindre la reconnaissance mais cela revient à dépenser plus d'énergie pour cela que dans le travail artistique.

Dans les petites structures de production qui peuvent avoir un salarié (communication, agent de presse...), c'est lui qui va assurer ce rôle de "faire connaître", et l'artiste le rôle de "faire reconnaître". Dans un contexte d'élimination progressive des intermédiaires, c'est à l'artiste d'assurer ce rôle lui-même, il devient son propre producteur/entrepreneur, son propre communicant et forcément, cela se fait à une échelle plus petite. D'où les besoins évidents de rapidité, les besoins d'agrégation de contenus (les fameux agrégateurs qui vous permettent moyennant finances d'être présents sur une grande portion des plate-formes de téléchargement), ceux qui prônent la "visibilité" comme forme de rémunération à la place de monnaie sonnante et trébuchante visent principalement ces artistes là. Les artistes qui ne peuvent pas encore avoir une structure qui les aide à se produire, et qui doivent tout faire tous seuls.

Très souvent cette argumentation se retrouve en porte à faux avec les véritables désirs d'un artiste. Celui d'être "reconnu", en premier, car les artistes veulent que leur travail soit valorisé on comprend ici toutes les formes de valorisations entendues, quelles soient financières (achat d'album), relationnelles (compliments, diffusions sur des blog persos...), artistiques (collaborations entres artistes, reprises, modifications des oeuvres...). La valorisation en terme d'image, en particulier dans un contexte de dévalorisation de "l'image pour l'image" (la publicité par exemple, le "m'as tu vu" omniprésent sur les médias dominants...), devient caduque au profit de la valorisation en terme de travail artistique.


La démarche des musiques libres est surtout de valoriser le travailleur, le travail de l'artiste au centre de tout système de promotion, et non plus l'artiste en tant que marque à faire connaître et à faire repasser 20, 30, 50 fois par jour à la tv/radio. On est ici dans une profonde mutation des rapports entre l'artiste, les personnes qui l'accompagnent, le public ainsi que les moyens permettant à l'artiste de trouver un public (et pas "le" public, expression qui fait référence à une entité énorme à séduire, et qui demande donc une mobilisation importante pour séduire "le" public). On recentre les préoccupations de l'artiste sur ses premières missions, créer, construire une démarche artistique pour être "reconnu" par son travail plutôt que d'être "connu" par son omniprésence médiatique.

3 commentaires:

lsotis a dit…

excellent article, ta "visibilité" du sujet est (pour moi) juste.

Jérémy Dewinter a dit…

je partage aussi ta vision des choses. Même s'il est très difficile d'être "reconnu" sans se faire "connaître"... et comme les artistes ne peuvent compter que sur eux-mêmes (du moins, au départ), il est tentant pour eux de s'inscrire n'importe où, juste pour "se faire voir". Ce qui est encore différent du "se faire connaître".
Mais bon, vaste débat.
Merci Aisyk.
Jérémy

Stéphane a dit…

article intéressant. Je partage en partie cette vision des choses. Par contre, il serait une erreur de parler du public, cela fait longtemps que l'on parle "des publics" dans le réseau culturel. C'est tout l'enjeu de la reconnaissance qui est une forme de naissance de l'artiste, celle d'un public et d'un réseau. Il n'est donc pas difficile d'être reconnu sans se faire connaitre au sens que tu emploies. au sens premier du terme ma phrase serait antinomique. Le contexte m'accorde ce jeu d'esprit. Et "se faire connaitre", mais par qui? C'est aussi la pensée que doit avoir un artiste, la recherche de ce qu'il veut faire de son oeuvre.