Deuxième chapitre.
Nous pouvons partir de cette prise de position pour en déduire plusieurs conséquences. Premièrement, l'idée même que la Culture descende vers des populations - indirectement considérées comme - non cultivées pose d'éminents problèmes. La nature même du rapport entretenu entre l'institution et ceux qui en attendent une "élévation culturelle" est biaisée. Si on se réfère à Franz Boas, "les causalités des faits culturels reposent sur les interactions entre individu et société" (Revue Socio-Anthropologie N°8-2000, Cultures Esthétiques). Ainsi naîtraient les faits culturels. L'interaction entre une société et ses individus est la cause des faits culturels mais pas de leurs création. En ce sens, ce n'est pas à la société de participer à la création culturelle. Un point de vue assez libéral en somme qui dénie au pouvoir politique sa mission culturelle. Si effectivement la Culture doit descendre vers les populations, il faut dans ce contexte étroit de relation avec le politique qu'elle y justifie constamment sa place et les crédits qui lui sont alloués, sans cela, elle se condamne à un assèchement des efforts financiers à son encontre. Ce rapport biaisé d'une interdépendance malsaine, perçu par certains comme une "Culture d'État" (sombre réminiscence de la culture de la Cour autour du roi), crée malheureusement les conditions d'un malentendu entre les publics et les milieux culturels. La Culture n'est pas destinée aux publics, mais en fait, puisqu'étant menacée dans ses finances par les alternances politiques, destinée à ses financeurs qui ont bien souvent des exigences particulières et peu en phase avec celles des publics. On peut par exemple critiquer le caractère purement événementiel des "fêtes de ville" (Fête des Lumières à Lyon) qui, bien que présentées comme des fêtes culturelles (et elles en ont certains aspects), sont surtout des fêtes de promotion en faveur d'une politique internationale de la ville, une promotion de "l'image", de "l'attractivité" de la ville.
Selon Philippe Urfalino, "En 1981, les municipalités sont le principal financeur public de la culture : 52.5 % des dépenses publiques culturelles contre 38.7 % pour l'État et 8.8 % pour les départements et Régions" ("L'invention de la Politique culturelle", Hachette Pluriel, 2002). Les disparités entre les villes plus petites et les grosses municipalités sont aussi à prendre en compte, leurs parts dans les budgets culturels sont bien évidemment différentes. De même, toutes les formes artistiques ne sont pas logées à la même enseigne. Le monde de la musique classique, de la danse et de l'opéra est un milieu "sur-financé" car en plus des structures importantes à entretenir, les créations coûtent très cher (elles mobilisent beaucoup de personnes (interprètes, musiciens, costumiers, personnels techniques divers...). Ainsi, sur Lyon, malgré une baisse de 8 % du budget des DRAC (Directions Régionales des Affaires Culturelles), le budget de l'opéra de Lyon ne sera pas touché. On le voit, l'objectif ici en temps de vaches maigres financières, est plutôt de garantir à des formes chères de création leur existence. Pourquoi ? Parce que ces arts sont me semble-t-il chargés d'imaginaire collectif (enfin surtout celui des fonctionnaires du ministère) et aussi porteurs d'une image positive de la culture française à l'étranger. Tout comme les danseuses de Saint Petersbourg du Lac des Cygnes ont traversé les régimes politiques (malgré leur attachement à l'image du tzar), ces formes d'expressions culturelles auraient pour vocation à rester, telles des fondements d'une identité collective.
Nous pourrions proposer d'autres réflexions sur ces points.
A titre d'exemple, dans le milieu de la musique il est impensable que ce soit une société privée qui s'occupe de gérer des droits d'auteurs pour ses seuls sociétaires alors que la loi est bien claire à ce sujet, il n'y a que des auteurs et des œuvres, pas d'artistes, ni même de sociétaires privilégiés par rapport à d'autres (en on pourrait continuer la pyramide en parlant des inégalités de traitement des sociétaires dans la même société de gestion de droits, voir mes précédents articles sur le sujet). Le problème donc de la culture pour tous, ce serait donc que structurellement sa mission affichée n'est pas possible avec les moyens qu'elle se donne (et cela en se basant sur le Code de la Propriété Intellectuelle !). Aussi, la conception même de culture est à notre sens à revoir. Une Culture élitiste faite pour des politiques culturelles (intéressantes, parfois fondamentales sur le plan artistique et esthétique nous en conviendrons aisément) ne peut pas rendre sa mission claire auprès de ses publics. Les structures même de financement sont sclérosées par une conception imagée et par une finalité perverse de la Culture. À côté de cela des actions de proximité, de véritable culture participative (avec une équipe artistique comme chef d'orchestre d'une création originale) peuvent être menées mais elles ne représentent pas les plus gros efforts financiers publics. Les lieux de répétition, de création, de représentations se privatisent (le rachat récent de réseaux de salles de spectacles par des majors du disque par exemple), ces structures essentielles pour la naissance de dynamiques culturelles, de rencontres entre artistes, de lieux ouverts sont menacées.
"Les cultures par tous", un concept pas si éloigné des réalités en fait. La culture appartient à tout le monde, mais surtout elle est tellement multiple, fruits de rencontres, de dynamiques collectives, d'origines, de patrimoines, de réflexions qu'elle ne peut se satisfaire d'une politique publique menée entièrement au profit de formes éloignées des nouvelles formes de création culturelles. Cette réflexion n'est pas une réflexion qualitative sur les arts mentionnés (opéra, danse, musique classique...) mais une tentative plus large de reconsidérer les politiques culturelles dans leurs réalités ainsi que dans les réalités même des formes culturelles.
Petites tranches d'infos matinées de points de vues et de réflexions sur la musique libre et son univers...
mardi 26 février 2008
samedi 23 février 2008
Les publics culturels et la Culture.
Premier chapitre d'une réflexion déjà engagée sur le texte "Les cultures par tous".
Nous donnions à la Culture, dans sa dimension "bien commun (donc) financé par l'État", trois types de publics. Nous allons commencer par ce que j'appelle "les publics en interface directe avec la Culture".
Ils représentent les acteurs directs de la Culture subventionnée, ceux qui la font vivre. Nous les considérons comme des publics car ils en sont, et par nécessité professionnelle, se montrent les premiers intéressés aux évolutions de leurs métiers. De métiers très différents, cela va du menuisier au personnel d'accueil, au gardien municipal ainsi qu'aux personnes travaillant "dans les bureaux", aux animateurs de quartier... toutes les personnes qui font vivre les activités culturelles. Entendons-nous bien, nous décrivons un corps de métiers qui a "intérêt" à garder le financement public de la culture, mais on ne peut pas parler parler à mon sens de "corporatisme" dans les métiers culturels. Leurs diversités, autant dans leurs métiers que dans les formes, les directions artistiques, les points de vues forment des multitudes d'intérêts croisés parfois en rapport étroit avec les institutions, parfois en distanciation volontaire (et faisant même partie de manière schizophrène de leur identité) mais aussi en lien avec des politiques culturelles locales, des courants politiques. En somme, les représentations politiques semblent tellement multiples qu'elles ne peuvent autoriser un mouvement global et collectif de défense de la politique culturelle publique. Le cas du mouvement des intermittents est intéressant de ce point de vue. Nombre d'intermittents se sont mobilisés, ont manifesté, rencontré les ministères, les cabinets des ministres respectifs, mais les soutiens de la part des autres corps de métiers ont été étonnamment muets voire inaudibles (les directeurs de théâtres qui abusaient du système des intermittents et qui montraient "patte (ou pétition) blanche" pour les soutenir). En ça, le milieu de la Culture ne peut être considéré comme un milieu homogène et nous pourrions même aller jusqu'à dire qu'il ne veut pas s'en donner l'image par peur d'une dérive corporatiste.
En relation parfois directe, parfois plus distanciée, les publics des structures se sentent aussi concernés par la politique culturelle. Non pas qu'ils influent directement dans leurs métiers, leurs vies, mais ils restent, par appropriation culturelle (des cours de théâtre, de danse étant jeune ou adulte, des ateliers, une éducation, une bonne expérience scolaire...), concernés par le financement public de la Culture. C'est parfois une position plus politique car très souvent les revendications sont celles d'une non-commercialisation de la Culture, d'une volonté de laisser aux créateurs toutes libertés de créer (nous verrons que la réalité est plus complexe, et que consciemment ou inconsciemment les créateurs se donnent des contraintes, des objectifs...). Parfois la défense d'une Culture est aussi une conviction esthétisante que telle ou telle forme d'expression est nécessaire voire fondamentale dans notre société et qu'elle se doit donc d'être soutenue, aidée.
La Culture se vit donc en relation étroite avec ceux qui se sentent concernés par elle. Elle s'en nourrit mais malheureusement elle se montre parfois trop exclusive dans ses relations avec "son" public. Parfois elle ne trouve pas les moyens d'étendre son influence au-delà de ses publics proches. Très souvent la conception même de culture est limitée à une culture contemplative qui ne peut être appréciée que par des personnes déjà initiées aux formes artistiques et ne peut donc être "accessible" au plus grand nombre. Dans les publics de la Culture, nous trouverons donc des personnes pour qui la Culture est importante, dans son existence, mais qui ne se retrouveront pas dans les formes artistiques les plus originales, non par dégoût primaire pour la nouveauté, mais par incompréhension (souvent par manque de travail initiatique). Des personnes pour qui la Culture est fondamentale mais qui ne peuvent en estimer toutes les facettes, et donc par extension l'ampleur des besoins des structures culturelles qui participent aux créations. Un "public proche" dirons-nous, occasionnel diront ceux qui placent la fréquentation des spectacles (en salle ou en extérieur) en premier dans leur réflexion.
Et il existe une troisième catégorie, celle des personnes qui ne sont plus en interface avec cette Culture. Cette population qui ne va pas au théâtre, cette population qui ne sort pas le week-end, hormis pour aller voir le dernier film sorti au multiplexe du coin, pour aller faire les courses ou pour aller voir un match de football... Pour cette population qui parfois se confond avec un public occasionnel mais qui ne comprend pas les finalités de la Culture, les pouvoirs publics ne sont pas les garants de la Culture, ils sont les protecteurs d'une Culture, celle de l'État et ils protègent un corps social particulier, celui de la Culture. C'est à mon sens très important de souligner cela. La Culture n'est pas vue de la même manière selon le rapport que l'on entretient avec elle, si on en "profite", si on en vit, si on la trouve essentielle ou si on la définit comme une forme d'ostracisme des catégories sociales dans la société.
La Culture, telle qu'elle est aujourd'hui gérée, peut se diviser en deux grande parties : la création culturelle (et toutes les structures qui la permettent) et le patrimoine culturel commun (celui qui est enseigné et qui fut un emblème de la nation, celui que l'on visite...). Philippe Aigrain, dans son livre "Cause Commune", aux Éditions Fayard, publié en 2005, fait une distinction essentielle à mes yeux. Il existe des biens communs qui se doivent de requérir toute l'attention des pouvoirs publics et des biens privés qui s'étendent et veulent "privatiser" les biens publics. Et là est à mon sens, tout le nœud du problème quand on parle de Culture. La Culture a un passé... mais lequel ? Et surtout celui de qui ? Quelle Culture peut se permettre d'oublier son passé ? Mais surtout qui en devient l'emblème, qui en est le créateur, qui en est le gestionnaire ? À travers ces textes j'essaierai de démontrer que la Culture ne peut subsister si elle ne prend pas en compte les différentes approches de son existence. La Culture est une Culture des pouvoirs publics, les "cultures" seraient les cultures dont tout le monde se sent proche et qui en fait nous caractérise car elle nous construit socialement et psychologiquement.
Suite au prochain billet (peut-être... ça dépendra de l'actualité ! :) ).
Nous donnions à la Culture, dans sa dimension "bien commun (donc) financé par l'État", trois types de publics. Nous allons commencer par ce que j'appelle "les publics en interface directe avec la Culture".
Ils représentent les acteurs directs de la Culture subventionnée, ceux qui la font vivre. Nous les considérons comme des publics car ils en sont, et par nécessité professionnelle, se montrent les premiers intéressés aux évolutions de leurs métiers. De métiers très différents, cela va du menuisier au personnel d'accueil, au gardien municipal ainsi qu'aux personnes travaillant "dans les bureaux", aux animateurs de quartier... toutes les personnes qui font vivre les activités culturelles. Entendons-nous bien, nous décrivons un corps de métiers qui a "intérêt" à garder le financement public de la culture, mais on ne peut pas parler parler à mon sens de "corporatisme" dans les métiers culturels. Leurs diversités, autant dans leurs métiers que dans les formes, les directions artistiques, les points de vues forment des multitudes d'intérêts croisés parfois en rapport étroit avec les institutions, parfois en distanciation volontaire (et faisant même partie de manière schizophrène de leur identité) mais aussi en lien avec des politiques culturelles locales, des courants politiques. En somme, les représentations politiques semblent tellement multiples qu'elles ne peuvent autoriser un mouvement global et collectif de défense de la politique culturelle publique. Le cas du mouvement des intermittents est intéressant de ce point de vue. Nombre d'intermittents se sont mobilisés, ont manifesté, rencontré les ministères, les cabinets des ministres respectifs, mais les soutiens de la part des autres corps de métiers ont été étonnamment muets voire inaudibles (les directeurs de théâtres qui abusaient du système des intermittents et qui montraient "patte (ou pétition) blanche" pour les soutenir). En ça, le milieu de la Culture ne peut être considéré comme un milieu homogène et nous pourrions même aller jusqu'à dire qu'il ne veut pas s'en donner l'image par peur d'une dérive corporatiste.
En relation parfois directe, parfois plus distanciée, les publics des structures se sentent aussi concernés par la politique culturelle. Non pas qu'ils influent directement dans leurs métiers, leurs vies, mais ils restent, par appropriation culturelle (des cours de théâtre, de danse étant jeune ou adulte, des ateliers, une éducation, une bonne expérience scolaire...), concernés par le financement public de la Culture. C'est parfois une position plus politique car très souvent les revendications sont celles d'une non-commercialisation de la Culture, d'une volonté de laisser aux créateurs toutes libertés de créer (nous verrons que la réalité est plus complexe, et que consciemment ou inconsciemment les créateurs se donnent des contraintes, des objectifs...). Parfois la défense d'une Culture est aussi une conviction esthétisante que telle ou telle forme d'expression est nécessaire voire fondamentale dans notre société et qu'elle se doit donc d'être soutenue, aidée.
La Culture se vit donc en relation étroite avec ceux qui se sentent concernés par elle. Elle s'en nourrit mais malheureusement elle se montre parfois trop exclusive dans ses relations avec "son" public. Parfois elle ne trouve pas les moyens d'étendre son influence au-delà de ses publics proches. Très souvent la conception même de culture est limitée à une culture contemplative qui ne peut être appréciée que par des personnes déjà initiées aux formes artistiques et ne peut donc être "accessible" au plus grand nombre. Dans les publics de la Culture, nous trouverons donc des personnes pour qui la Culture est importante, dans son existence, mais qui ne se retrouveront pas dans les formes artistiques les plus originales, non par dégoût primaire pour la nouveauté, mais par incompréhension (souvent par manque de travail initiatique). Des personnes pour qui la Culture est fondamentale mais qui ne peuvent en estimer toutes les facettes, et donc par extension l'ampleur des besoins des structures culturelles qui participent aux créations. Un "public proche" dirons-nous, occasionnel diront ceux qui placent la fréquentation des spectacles (en salle ou en extérieur) en premier dans leur réflexion.
Et il existe une troisième catégorie, celle des personnes qui ne sont plus en interface avec cette Culture. Cette population qui ne va pas au théâtre, cette population qui ne sort pas le week-end, hormis pour aller voir le dernier film sorti au multiplexe du coin, pour aller faire les courses ou pour aller voir un match de football... Pour cette population qui parfois se confond avec un public occasionnel mais qui ne comprend pas les finalités de la Culture, les pouvoirs publics ne sont pas les garants de la Culture, ils sont les protecteurs d'une Culture, celle de l'État et ils protègent un corps social particulier, celui de la Culture. C'est à mon sens très important de souligner cela. La Culture n'est pas vue de la même manière selon le rapport que l'on entretient avec elle, si on en "profite", si on en vit, si on la trouve essentielle ou si on la définit comme une forme d'ostracisme des catégories sociales dans la société.
La Culture, telle qu'elle est aujourd'hui gérée, peut se diviser en deux grande parties : la création culturelle (et toutes les structures qui la permettent) et le patrimoine culturel commun (celui qui est enseigné et qui fut un emblème de la nation, celui que l'on visite...). Philippe Aigrain, dans son livre "Cause Commune", aux Éditions Fayard, publié en 2005, fait une distinction essentielle à mes yeux. Il existe des biens communs qui se doivent de requérir toute l'attention des pouvoirs publics et des biens privés qui s'étendent et veulent "privatiser" les biens publics. Et là est à mon sens, tout le nœud du problème quand on parle de Culture. La Culture a un passé... mais lequel ? Et surtout celui de qui ? Quelle Culture peut se permettre d'oublier son passé ? Mais surtout qui en devient l'emblème, qui en est le créateur, qui en est le gestionnaire ? À travers ces textes j'essaierai de démontrer que la Culture ne peut subsister si elle ne prend pas en compte les différentes approches de son existence. La Culture est une Culture des pouvoirs publics, les "cultures" seraient les cultures dont tout le monde se sent proche et qui en fait nous caractérise car elle nous construit socialement et psychologiquement.
Suite au prochain billet (peut-être... ça dépendra de l'actualité ! :) ).
dimanche 17 février 2008
Droits voisins et droits d'auteurs.
En ces temps de débats naissants sur l'extension de la durée des droits voisins je voudrais vous donner quelques pistes pour mieux cerner le débat.
Le droit d'auteur.
Historiquement le droit d'auteur est né de la volonté d'auteurs de se voir rétribué quand leurs œuvres étaient jouées, divulguées auprès d'un public lors de représentations. Cela date de Beaumarchais et quelques autres de ses amis qui ont à leur époque demandé que la loi leur soit favorable sur ce point en ayant constaté les représentations de leurs pièces sans qu'ils en soient informés ni même rémunérés au titre de leur œuvre. Le droit d'auteur s'est ensuite étendu à toutes les formes de diffusion d'œuvres culturelles (musiques, cinéma, livres) mais en ayant des structures différentes ce qui fait dans la pratique des droits différents selon le type d'œuvres diffusées. Un auteur de livre, par exemple, secteur très prolifique aujourd'hui, ne peut demander d'être rémunéré pour toute citation de son livre dans une chronique, sur un site, une affiche, un lieu public.
Alors qu'un auteur, compositeur, lui a bien entendu une société de gestion de droit qui en demande des redevances pour toute utilisation même dans un cadre restreint (un petit bar avec un espace de 40m² doit payer une redevance à la Sacem pour diffuser de la musique, voire dans certains cas, même s'il ne diffuse rien ou ne diffuse rien du répertoire Sacem mais que ce bar dispose d'un dispositif de diffusion de musiques (type radio-k7)). Même chose pour un auteur de films (qui est une œuvre de collaboration (merci Bruno dans les commentaires) rassemblant beaucoup d'acteurs (scénaristes, metteur en scène, acteurs, costumiers, décorateurs, éclairagistes...) qui devraient potentiellement avoir droit à des droits d'auteurs sur leurs œuvres.
Le droit d'auteur est un droit divisé en deux parties distinctes dans le Code de la Propriété Intellectuelle, le droit moral (incessible, inaliénable et perpétuel) pour lequel un auteur ne peut demander de rétributions et le droit patrimonial, celui évoqué plus haut qui concerne toutes les utilisations des œuvres à caractère commercial (édition, production, diffusion...). Le droit d'auteur côté patrimonial est "limité" à 70 ans après la mort de l'auteur. Après cette période les œuvres "tombent" dans le domaine public où elles rejoignent Victor Hugo, Mozart, Bach dans le patrimoine culturel commun. Chacun peut copier, distribuer, imprimer éditer les œuvres du domaine public sans restrictions à part citer le nom de l'auteur.
Le droit voisin.
Le droit voisin dans sa forme actuelle est né en 1985 grâce à la loi Lang. Il concerne les droits des interprètes et celui des producteurs et éditeurs. Sur le même modèle que celui des droits d'auteurs patrimoniaux, un interprète peut demander des rémunérations pour toute diffusion d'œuvres qu'il a interprété. Même chose pour toutes les productions et éditions après 1985 (la loi n'étant pas rétroactive). Ce droit est limité à 50 ans après la première fixation de l'œuvre. Grosse différence avec le droit d'auteur pour lequel il faut attendre 70 ans après la mort d'un auteur pour que ses œuvres "tombent" dans le domaine public.
Ce sont ces questions qui sont aujourd'hui débattues.
Une proposition d'un député européen vise à étendre la durée des droits voisins à 95 ans après la première fixation des œuvres, repoussant ainsi leur entrée dans le domaine public. Philippe Aigrain, dont son livre "Cause Commune", après avoir été édité aux Éditions Fayard est disponible en Creative Commons en .pdf sur son site officiel, a écrit un article très intéressant sur ce sujet. Je vous y renvois car il montre bien les enjeux de ce type de modifications (avec en ligne de mire une extension de la durée pour les droits d'auteurs). Je vous renverrai aussi sur un autre article de Florent Latrive, journaliste à Libération, auteur de "Du bon usage de la piraterie", disponible aussi en Creative Commons après avoir été édité par les Éditions La Découverte (et réédité en version "poche", preuve du succès de la démarche).
Bonnes lectures !
Le droit d'auteur.
Historiquement le droit d'auteur est né de la volonté d'auteurs de se voir rétribué quand leurs œuvres étaient jouées, divulguées auprès d'un public lors de représentations. Cela date de Beaumarchais et quelques autres de ses amis qui ont à leur époque demandé que la loi leur soit favorable sur ce point en ayant constaté les représentations de leurs pièces sans qu'ils en soient informés ni même rémunérés au titre de leur œuvre. Le droit d'auteur s'est ensuite étendu à toutes les formes de diffusion d'œuvres culturelles (musiques, cinéma, livres) mais en ayant des structures différentes ce qui fait dans la pratique des droits différents selon le type d'œuvres diffusées. Un auteur de livre, par exemple, secteur très prolifique aujourd'hui, ne peut demander d'être rémunéré pour toute citation de son livre dans une chronique, sur un site, une affiche, un lieu public.
Alors qu'un auteur, compositeur, lui a bien entendu une société de gestion de droit qui en demande des redevances pour toute utilisation même dans un cadre restreint (un petit bar avec un espace de 40m² doit payer une redevance à la Sacem pour diffuser de la musique, voire dans certains cas, même s'il ne diffuse rien ou ne diffuse rien du répertoire Sacem mais que ce bar dispose d'un dispositif de diffusion de musiques (type radio-k7)). Même chose pour un auteur de films (qui est une œuvre de collaboration (merci Bruno dans les commentaires) rassemblant beaucoup d'acteurs (scénaristes, metteur en scène, acteurs, costumiers, décorateurs, éclairagistes...) qui devraient potentiellement avoir droit à des droits d'auteurs sur leurs œuvres.
Le droit d'auteur est un droit divisé en deux parties distinctes dans le Code de la Propriété Intellectuelle, le droit moral (incessible, inaliénable et perpétuel) pour lequel un auteur ne peut demander de rétributions et le droit patrimonial, celui évoqué plus haut qui concerne toutes les utilisations des œuvres à caractère commercial (édition, production, diffusion...). Le droit d'auteur côté patrimonial est "limité" à 70 ans après la mort de l'auteur. Après cette période les œuvres "tombent" dans le domaine public où elles rejoignent Victor Hugo, Mozart, Bach dans le patrimoine culturel commun. Chacun peut copier, distribuer, imprimer éditer les œuvres du domaine public sans restrictions à part citer le nom de l'auteur.
Le droit voisin.
Le droit voisin dans sa forme actuelle est né en 1985 grâce à la loi Lang. Il concerne les droits des interprètes et celui des producteurs et éditeurs. Sur le même modèle que celui des droits d'auteurs patrimoniaux, un interprète peut demander des rémunérations pour toute diffusion d'œuvres qu'il a interprété. Même chose pour toutes les productions et éditions après 1985 (la loi n'étant pas rétroactive). Ce droit est limité à 50 ans après la première fixation de l'œuvre. Grosse différence avec le droit d'auteur pour lequel il faut attendre 70 ans après la mort d'un auteur pour que ses œuvres "tombent" dans le domaine public.
Ce sont ces questions qui sont aujourd'hui débattues.
Une proposition d'un député européen vise à étendre la durée des droits voisins à 95 ans après la première fixation des œuvres, repoussant ainsi leur entrée dans le domaine public. Philippe Aigrain, dont son livre "Cause Commune", après avoir été édité aux Éditions Fayard est disponible en Creative Commons en .pdf sur son site officiel, a écrit un article très intéressant sur ce sujet. Je vous y renvois car il montre bien les enjeux de ce type de modifications (avec en ligne de mire une extension de la durée pour les droits d'auteurs). Je vous renverrai aussi sur un autre article de Florent Latrive, journaliste à Libération, auteur de "Du bon usage de la piraterie", disponible aussi en Creative Commons après avoir été édité par les Éditions La Découverte (et réédité en version "poche", preuve du succès de la démarche).
Bonnes lectures !
mardi 12 février 2008
Nouvelles perspectives
Chaque année un événement médiatise l'industrie du disque dans ce quelle a de plus "stratégique", le MIDEM. Il permet aux industries de ce secteur de "détecter les nouvelles tendances et développer leurs nouvelles activités". (dixit le site officiel du MIDEM). Alors où sont les nouvelles tendances ?
Tout d'abord des faits (sources : industrie du disque). La baisse des ventes et des revenus (ce qui n'est pas la même chose puisqu'on peut moins vendre un produit plus cher en gagnant plus) dû au piratage par internet est un constat accepté par tout le monde. Deuxième constat fait par l'industrie du disque, les ventes numériques sont faibles et ne contribuent pas à compenser des ventes physiques en baisse.
Alors qu'elles sont ses solutions ?
L'innovation.
Avec la stratégie dite de 360° les managers prennent le pouvoir sur les stratégies marketing. La citation de Bertis Downs, manager de REM, montre bien ce changement. Il annonce " je ne suis pas vraiment dans le business de la musique, je suis dans le business de REM. " À partir de ce constat on se rend compte que le contexte de la vente de la musique par les majors semble changer. Ils ne peuvent plus vendre de la musique puisqu'elle est facilement "attrapable" partout et souvent gratuitement, alors ils vendent un concept, une marque, l'artiste et son univers. Bref cette nouveauté se rapproche beaucoup de ce qui existe déjà avec des cinéastes tels que Tim Burton, David Lynch où ce sont effectivement leur contenu artistique et leur "patte" qui est valorisé dans les campagnes de pub plutôt que l'œuvre en elle-même ("le dernier film de Tim Burton s'appelle "...). Et dans cette logique tous les contenus dérivés (les fameux "user-generated-content" des youtube et consort), les objets dérivés tiendront une place importante, quid des serviettes Johnny Hallyday (pour essuyer ses évasion fiscales ?) ou des savonnettes de Patrick Bruel (outre celles qu'il se prend au poker)... Attendez-vous à en voir des belles et pas seulement avec des lunettes Aupetique 2000... On peut d'ailleurs penser qu'un artiste comme Dyonisos sera dans cet esprit, développant son propre univers à la croisée entre Tim Burton et celui de la "dame chocolat".
La répression... (mais chuuuut)
Olivennes, Christine Albanel et la culture sont dans un bateau... la culture tombe à l'eau qui reste-t-il ? Un "pack" détonnant oscillant entre réponse graduée (en gros des amendes pour excès de téléchargement) et déconnection internet (en gros retrait du permis).
Petit point critique maintenant parce que j'ai un peu l'impression de vous laisser sur votre faim en énonçant de manière si "journalistique" les nouvelles orientations de l'industrie du disque.
Sur les constats, gardons en vue comme mon intervention sur france inter en fin de mois de janvier ("le téléphone sonne" du 29 janvier) que les chiffres de l'industrie du disque sont biaisés. Ils ne tiennent pas compte de la baisse trop rapide des rayonnages dans les magasins (voir cet article d'un ancien vendeur fnac), corollaire directe : comment peut-on vendre autant voire plus en réduisant l'offre ? Les chiffres de l'industrie du disques ne prennent aussi pas en compte les ventes réalisées par certains indépendants, les ventes réalisées par des artistes indépendants et enfin les ventes réalisées par les artistes eux-même lors de leurs concerts. Autre point critiquable est le fait que ces chiffres ne tiennent pas compte du revenu des citoyens. En temps de cris comme en temps de prospérité économique, ces chiffres seront toujours jaugés de la même manière ! Et ainsi il sera d'autant plus facile de se plaindre d'une baisse de ventes en des temps moins propices à la consommation. Et enfin, aujourd'hui entre les tv (dont les prix ont augmenté à cause de l'effet hd-ready-full-flat-lcd-plasma), les téléphones portables (qui prennent une part importante du budget d'un ménage), le pétrole... et toutes les hausses ressenties et peu mesurées de la vie quotidienne comment dépenser plus ce qu'on ne gagne pas ? J'en discutais récemment avec des personnes gérant des salles de spectacle sur Lyon, la saison 2007-2008 est catastrophique au niveau de la fréquentation des salles de spectacles sur Lyon avec parfois des baisses de l'ordre de 30%.
Et on accuserait toujours les mêmes personnes de tous ces maux là...
Sommes-nous dans la victimisation permanente des "pirates" qu'on accuserait de tout et qu'on défendrait corps et âmes contre les méchants de l'industrie du disque ? Non je ne pense pas, quoi que cela puisse être tentant de tomber dans ce piège, les chiffres évoqués plus haut me semblent parler d'eux-même. La musique libre est une nouvelle voie, une voie qui se construit petit à petit avec les artistes, avec les structures en place et qui établit des règles au fur et à mesure de ses échecs. L'industrie du disque a un problème avec le net, la musique libre, née sur le net, a un problème dans le réel (comment être visible et lisible sans n'être que visible). Forcément un jour ou l'autre les deux vont se rencontrer.
Tout d'abord des faits (sources : industrie du disque). La baisse des ventes et des revenus (ce qui n'est pas la même chose puisqu'on peut moins vendre un produit plus cher en gagnant plus) dû au piratage par internet est un constat accepté par tout le monde. Deuxième constat fait par l'industrie du disque, les ventes numériques sont faibles et ne contribuent pas à compenser des ventes physiques en baisse.
Alors qu'elles sont ses solutions ?
L'innovation.
Avec la stratégie dite de 360° les managers prennent le pouvoir sur les stratégies marketing. La citation de Bertis Downs, manager de REM, montre bien ce changement. Il annonce " je ne suis pas vraiment dans le business de la musique, je suis dans le business de REM. " À partir de ce constat on se rend compte que le contexte de la vente de la musique par les majors semble changer. Ils ne peuvent plus vendre de la musique puisqu'elle est facilement "attrapable" partout et souvent gratuitement, alors ils vendent un concept, une marque, l'artiste et son univers. Bref cette nouveauté se rapproche beaucoup de ce qui existe déjà avec des cinéastes tels que Tim Burton, David Lynch où ce sont effectivement leur contenu artistique et leur "patte" qui est valorisé dans les campagnes de pub plutôt que l'œuvre en elle-même ("le dernier film de Tim Burton s'appelle "...). Et dans cette logique tous les contenus dérivés (les fameux "user-generated-content" des youtube et consort), les objets dérivés tiendront une place importante, quid des serviettes Johnny Hallyday (pour essuyer ses évasion fiscales ?) ou des savonnettes de Patrick Bruel (outre celles qu'il se prend au poker)... Attendez-vous à en voir des belles et pas seulement avec des lunettes Aupetique 2000... On peut d'ailleurs penser qu'un artiste comme Dyonisos sera dans cet esprit, développant son propre univers à la croisée entre Tim Burton et celui de la "dame chocolat".
La répression... (mais chuuuut)
Olivennes, Christine Albanel et la culture sont dans un bateau... la culture tombe à l'eau qui reste-t-il ? Un "pack" détonnant oscillant entre réponse graduée (en gros des amendes pour excès de téléchargement) et déconnection internet (en gros retrait du permis).
Petit point critique maintenant parce que j'ai un peu l'impression de vous laisser sur votre faim en énonçant de manière si "journalistique" les nouvelles orientations de l'industrie du disque.
Sur les constats, gardons en vue comme mon intervention sur france inter en fin de mois de janvier ("le téléphone sonne" du 29 janvier) que les chiffres de l'industrie du disque sont biaisés. Ils ne tiennent pas compte de la baisse trop rapide des rayonnages dans les magasins (voir cet article d'un ancien vendeur fnac), corollaire directe : comment peut-on vendre autant voire plus en réduisant l'offre ? Les chiffres de l'industrie du disques ne prennent aussi pas en compte les ventes réalisées par certains indépendants, les ventes réalisées par des artistes indépendants et enfin les ventes réalisées par les artistes eux-même lors de leurs concerts. Autre point critiquable est le fait que ces chiffres ne tiennent pas compte du revenu des citoyens. En temps de cris comme en temps de prospérité économique, ces chiffres seront toujours jaugés de la même manière ! Et ainsi il sera d'autant plus facile de se plaindre d'une baisse de ventes en des temps moins propices à la consommation. Et enfin, aujourd'hui entre les tv (dont les prix ont augmenté à cause de l'effet hd-ready-full-flat-lcd-plasma), les téléphones portables (qui prennent une part importante du budget d'un ménage), le pétrole... et toutes les hausses ressenties et peu mesurées de la vie quotidienne comment dépenser plus ce qu'on ne gagne pas ? J'en discutais récemment avec des personnes gérant des salles de spectacle sur Lyon, la saison 2007-2008 est catastrophique au niveau de la fréquentation des salles de spectacles sur Lyon avec parfois des baisses de l'ordre de 30%.
Et on accuserait toujours les mêmes personnes de tous ces maux là...
Sommes-nous dans la victimisation permanente des "pirates" qu'on accuserait de tout et qu'on défendrait corps et âmes contre les méchants de l'industrie du disque ? Non je ne pense pas, quoi que cela puisse être tentant de tomber dans ce piège, les chiffres évoqués plus haut me semblent parler d'eux-même. La musique libre est une nouvelle voie, une voie qui se construit petit à petit avec les artistes, avec les structures en place et qui établit des règles au fur et à mesure de ses échecs. L'industrie du disque a un problème avec le net, la musique libre, née sur le net, a un problème dans le réel (comment être visible et lisible sans n'être que visible). Forcément un jour ou l'autre les deux vont se rencontrer.
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