On va retracer rapidement cette histoire de mots.
La GNU-GPL défini quatre libertés :
- Liberté 1 : La liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages.
- Liberté 2 : La liberté d'étudier le fonctionnement du programme (Ceci suppose l'accès au code source du programme).
- Liberté 3 : La liberté de redistribuer des copies (Ceci comprend la liberté de vendre des copies).
- Liberté 4 : La liberté d'améliorer le programme et de publier ses améliorations (Ceci suppose l'accès au code source) (Ceci encourage la création d'une communauté de développeurs améliorant le logiciel) (Ceci permet le fork, soit la création d'une branche de développement concurrente, notamment en cas de désaccord entre développeurs). (Source)
Comme toute activité, la liberté peut se prendre de différentes manières. La liberté au sens philosophique, au sens moral, au sens économique... La liberté de penser (si chère à celle de Mr Pagny) n'est pas la même que celle de disposer de son corps (symboliquement pour les femmes avec la pilule, mais aussi pour les hommes (les extra-terrestres étant une catégorie à part)). Et dans les milieux artistiques comme politiques le sens du mot liberté peut se révéler extrêmement volatile. La liberté de penser d'un Florent P. sera-t-elle la même que celle d'un punk anarchiste ? Je dirai que la liberté de penser des uns s'arrête là où celle des autres commence (et parfois elle n'est qu'une image, un fond de commerce). La liberté artistique aussi, les choix artistiques des uns ne seront pas commandés par les mêmes objectifs (de ventes, de visibilité...) que d'autres.
Autant Florent Verschelde avait à mon sens raison de partir du plus petit dénominateur commun de ces licences pour les qualifier (la libre diffusion à but non commercial) et ainsi de replacer le faux-débat libre / pas libre, autant le terme qui en résulte semble peu enclin à une explication rapide du mouvement. La diffusion n'est pas si libre. Car si effectivement, les oeuvres sont mises en partage, elles ne sont pas libres dans des cas très précis de diffusion. La diffusion commerciale d'oeuvres sous licences CC-By-NC dans des lieux tels que des bars, des restaurants, où elles sont soumises à des obligations de contacts des auteurs pour leur exploitation, voire des versements de droits d'auteurs (que beaucoup d'auteurs publiant en CC-By-NC souhaitent) pose problème. Il est intéressant de voir à ce propos l'article de framablog sur les statistiques de l'utilisation des licences Creative Commons).
La diffusion est libre au sens d'une utilisation non commerciale entre individus (qui ouvre le "cercle" de la diffusion dans le cercle familial classiquement acceptée par la loi). On a donc ici le plus petit dénominateur commun du mouvement.
Le récent rapport du CSPLA (Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique) parle lui de "licences ouvertes". Cette dénomination me semble plus acceptable. D'une part elle fait écho à l'open-source au sens ouverture vers l'Autre, ouverture du "code source" (qu'est-ce qu'un code source en musique ? Les partitions, les samples, un tutoriel pas à pas des modifications apportées à chaque élément d'une musique ?), d'autre part elle fait écho à l'ouverture des droits de l'auteur qui peut ainsi disposer de ses oeuvres comme il l'entend sans avoir à respecter le règlement d'une société d'auteur qui lui interdit toute diffusion gratuite de ses oeuvres (suivez ma pensée). L'idée même de licence ouverte nous donne aussi une image intéressante du mouvement, ouvrir les esprits, ouvrir les yeux, ouvrir les oreilles (pourquoi pas après tout ?) et non plus fermer les yeux, serrer les fesses... Toute image mise à part, on a là, il me semble un terme qui saura mieux être retenu, mieux accepté aussi que le terme "libre" trop chargé de simplifications et de significations partisanes. Au final on en est libre de faire ce qu'on veut de sa liberté, l'ouverture, quant à elle reste toujours positive, elle donne une obligation de se renouveler, d'avoir un discours toujours attentif aux différents acteurs.
