vendredi 20 juillet 2007

Chapeau bas Jarring Effects

Avant un mois de silence (je serai loin de toute technologie dans le Morvan (Anost) en août), je vous donne quelques nouvelles du monde de la musique.

Le milieu de la musique libre est pour le moment limité à des net-labels, des structures associatives, ou des labels qui prennent de plus en plus d'envergure (les cristaux liquident, jahtari, another records, unique records...). Certains labels plus importants commencent à sentir les effets de la crise du disque (baisse des m² dans les rayonnages, licenciements massifs...), et parmi eux, Jarring Effects. Un label vraiment intéressant à suivre. Si vous connaissez High Tone, Ez3kiel, vous avez déjà entendu une de leurs productions. A la pointe du dub français, très souvent excellent artistiquement et à la production toujours soignée, ce label associatif lyonnais a produit les plus mémorables envolées dub-electro de ce dernier siècle ("Equalize it", "BaRb4ry" d'Ez3kiel, "Opus Incertum" d'High Tone...) jusqu'au très récent projet Naphtaline. Bref pour tout fan d'électro-dub, d'ethno-dub... c'est une référence.



Et vous savez quoi cette référence semble être de plus en plus intéressée par la libre diffusion. Certaines voies sont d'autant plus intéressantes à suivre que la mise à disposition gratuites de certains de leurs derniers titres montre qu'ils testent, qu'ils analysent, regardent d'un oeil plus qu'intéressant les diverses initiatives autour de la culture libre. Allez voir sur le site d'High Tone et vous y verrez un magnifique sticker "Stop Drm", allez voir du côté d'Em-ma un centre d'aide aux artiste lancé récemment par Jarring Effects, et vous verrez une promotion pour les logiciels libres, allez voir ensuite, les éditoriaux de Monsieur Mo dans leur magazine (gratuit) Nuke et vous verrez des prises de position très semblables à celles qui sont évoquées dans la musique libre (Nuke #5).

Tout cela pour vous dire que la "révolution libre" est en marche, qu'elle intéresse non plus seulement les petits labels, mais ceux qui ont une envergure internationale (autrement acquise que par le web). Cette "révolution libre" intéresse aussi des capitaux risqueurs, et ce qui en sera fait, ce que deviendra cette "révolution libre" ne dépendra que de nous, de notre vigilance à toujours garder notre éthique, nos valeurs et notre philosophie.


Plusieurs points de vues, mais toujours cette volonté d'animer, de créer, une nouvelle alternative au "tout propriétaire", au "tout marchand".

Parmi ces initiatives, citons par exemple le groupe Lonah qui, après avoir sorti un excellent premier album, "Pièces" sorti en 2005 sous licence Creative Commons by nc 2.0, revient en 2007 avec son deuxième opus, "Au fond du temps". D'abord en écoute seulement et en vente (avec un livret de 40 pages), ce deuxième album sera disponible par la suite, un an plus tard, en licence libre. La démarche est originale et d'ailleurs déjà existante dans le milieu de l'édition avec l'ouvrage de Florent Latrive, "Du bon usage de la piraterie", avec succès puisque le livre s'est tellement bien vendu qu'il est réédité en poche aux éditions "La Découverte". Plus d'informations sur leur démarche sur leur blog
ainsi que sur celui d'antoine (? Moreau ?).

Sur ce bonnes écoutes, bon achats, faites tourner, parlez-en et hasta siempre. ;)

mardi 17 juillet 2007

Financement privé de la Musique Libre

Sur le modèle du logiciel libre, Jamendo a trouvé un investisseur privé, et pas le moindre car c'est Mangrove Capital Partner les premiers à avoir investi dans Skype.

Très ambitieux, le projet de Jamendo continuera son internationalisation (Inde, Amérique du Nord, Brésil, Russie (qui n'est toujours pas à l'OMC)), embauchera de nouvelles têtes (développeurs, traducteurs, personnes dans les pays mentionnés) et investira dans de nouveaux serveurs pour soutenir sa croissance.

Grâce à cet investissement nous prévoyons de devenir le leader incontesté de la musique libre. L.Kratz, CEO de Jamendo

Pour être un peu sarcastique, je dirai que sans réel concurrent, ce n'est pas trop difficile. Ils sont les seuls sur leur tranche (j'allais dire sur leur marché) à vivre de la publicité et en empruntant les licences libres pour diffuser en p2p des oeuvres musicales.

Je leur souhaite malgrès tout bonne route pour la suite.

Ils vont devenir gros, très gros et les malaises ressentis dans la communauté au fur et à mesure qu'elle grandi ne vont pas se résoudre avec une annonce pareille. En espérant aussi qu'ils sauront améliorer leur écoute de la communauté, des artistes, qu'ils permettront une meilleure visibilité des musiques libres, de son alternative, et que leur discours ne sera pas seulement basé sur "je suis le plus fort", mais plus sur du "je vais installer la musique libre dans un cadre - juridique - qui lui permettra de s'épanouir dans les salles de concert, les rayons de magasins de disques (où des petits disquaires)..."

Comme le disait une personne qui intervenait récemment sur le forum de dogmazic (karman) :
j'te parle de l'état et des impôts qui s'en contre-carrent des licences libres et qui, tant que t'es pas déclaré chez eux, te considéreront toujours comme amateur. Je vois pas comment on peut rester constamment en opposition si on veut faire aussi avancer les choses. Mon propos est à placer dans le contexte fiscal et juridique, je crois pas que ce soit un aspect de l'activité des artistes qui soit à négliger.
Et c'est dommage d'en avoir rien à cirer du monde réel qui lui n'en a rien à cirer des CC par exemple.

mercredi 4 juillet 2007

Le catalogue Sacem

Beaucoup de sites de musique libre se basent sur le moteur de recherche du catalogue Sacem pour savoir si un artiste ayant déposé ses oeuvres sur leur site en CC n'est pas aussi à la Sacem.
Pourquoi ? Tout simplement parce que la Sacem ne reconnaît pas à ses sociétaires la possibilité de se faire télécharger gratuitement sur internet et que ses statuts sont incompatibles avec la libre diffusion des oeuvres. Pour savoir ce qu'autorise la Sacem, il suffit de lire de la publicité, notamment celle parue dans le magazine "Longueur d'Ondes" en décembre 2006.



Si on résume la position de la Sacem :
- La diffusion sur internet des oeuvres des sociétaires Sacem est liée à une autorisation par la Sacem.
- Ne sont autorisées que les oeuvres non éditées, non vendues par un producteur.
- Il faut être l'unique auteur/compositeur.
- On ne peut diffuser ses oeuvres que sur son site perso identifié par la Sacem.
- Les oeuvres ne devront pas être proposées au téléchargement.

On précise ici, en gras, que c'est une "autorisation gratuite". La Sacem gère les droits de diffusion de ses sociétaires, on le voit bien ici. Un sociétaire n'a plus les droits de faire ce qu'il veut avec la diffusion de ses oeuvres, il doit demander une "autorisation" à la Sacem.

Être à la Sacem qu'est-ce que cela veut dire ?
C'est accepter (ou le plus souvent ignorer) la gestion par une société privée de ses droits de diffusion. Mais en allant plus loin, c'est aussi accepter les multiples plaintes contre les personnes qui se partagent de la musique, c'est aussi accepter un système volontairement inégalitaire puisque basé sur le nombre de diffusions (autant dire qu'il faut être un ami des gens qui vont vous diffuser...tiens ça tombe bien, les producteurs sont à la SacEm !). Si un artiste sociétaire de la Sacem met au téléchargement gratuit ses oeuvres, il ne pourra s'opposer aux poursuites à l'encontre des internautes qui les auront téléchargés. Un peu comme Hugues Auffray qui a payé l'amende de l'école qui avait osé utiliser une chanson du répertoire de la Sacem (celle de Mr Auffray en l'occurence) sans le déclarer au préalable.

On le voit ici être à la Sacem vous enlève une liberté fondamentale, celle de pouvoir disposer de vos oeuvres comme vous l'entendez. L'alternative "libre" prend ici tout son sens. Non seulement elle replace l'auteur au centre du dispositif, mais elle participe à l'éducation collective sur les droits d'auteurs avec des licences toujours présentes sur les titres téléchargés.

Être en Creative Commons devient une liberté de plus, et c'est pour cela, entre-autre, que la Sacem ne reconnaît pas les licences Creative Commons.


Maintenant que l'on a posé les bases, on peut revenir sur le sujet.
Le catalogue consultable par tous pour vérifier si tel ou tel artiste ou oeuvre est présent à la Sacem se veut un instrument de transparence important et on ne peut que saluer l'initiative. Dans la lettre d'information de la Sacem du 27 juin 2007, un changement important est arrivé. Le mieux est de citer le passage, il est éloquant :
Catalogue en ligne

* Du nouveau dans la consultation du Catalogue des oeuvres : Sociétaires, indiquez si vous souhaitez que votre oeuvre soit visible ou non par le plus grand nombre sur le portail Sacem. Simple et pratique vous retrouverez cette fonctionnalité dans l'espace Créateurs sécurisé du portail. Il faut juste cliquer sur le titre de l'oeuvre et indiquer s'il faut la masquer. Vous pouvez à tout moment la rendre visible.
Rendez vous dans l'espace Créateurs sécurisé du portail.


Intéressant, non ? Un artiste pourra masquer son appartenance à la Sacem ! Dans quel but ? Soit pour rendre difficile le travail de filtrage des sites de musique libre, soit pour se prémunir d'éventuelles censures à l'égard des artistes sociétaires de la Sacem... Toutes les hypothèses sont possibles. Je retiendrais pour ma part la première qui devient un véritable danger pour la libre diffusion. Sous couvert de dire, "l'auteur est seul maître de ses diffusions" (ce qui est faux en constatant les informations précédemment citées), la Sacem brouille les pistes pour mieux dire, "Nous sommes LA musique", "nous sommes incontournables et il n'existe pas d'alternative viable qui puisse se construire sans nous". C'est jeter un discrédit énorme sur toutes les initiatives qui diffusent des artistes "non-Sacem" car elles ne pourront plus avoir recours à un outil fiable (relativement, ses mises à jours sont obscures) pour se mettre en conformité avec la loi et le droit d'auteur.

Le danger existe il est nécessaire d'en prendre conscience collectivement.